L'amortissement dégressif fiscal : calcul et coefficients
Le calcul d'un amortissement dégressif avec son coefficient fiscal tombe presque chaque année à l'épreuve UE 10 du DCG, seul ou combiné à l'amortissement dérogatoire. La mécanique est simple en apparence, mais le basculement vers le taux linéaire actualisé et le prorata de la première année piègent encore beaucoup de candidats. Cet article détaille le calcul du taux, la construction du plan et l'articulation avec la comptabilité.
Amortissement fiscal et amortissement comptable : deux logiques
L'amortissement comptable (comptes 681/28xx) est obligatoire : il traduit la consommation des avantages économiques attendus de l'immobilisation et doit être enregistré tous les ans, même en cas de déficit. L'amortissement fiscal, lui, correspond au plafond de déductibilité admis par l'administration : il permet de diminuer le résultat fiscal plus rapidement que ne le ferait le seul amortissement comptable.
Les règles fiscales diffèrent des règles comptables sur trois points majeurs :
- la durée : on retient la durée d'usage (durée admise par les usages professionnels), et non la durée réelle d'utilisation ;
- la base : la base amortissable fiscale est la valeur d'origine, sans déduction de la valeur résiduelle ;
- le point de départ : la date d'acquisition (et non la mise en service), tout mois entamé comptant pour un mois entier. Un bien acquis le 15 septembre est ainsi amorti sur 4 mois la première année (septembre à décembre, soit 4/12).
Il existe deux méthodes d'amortissement fiscal : le linéaire (annuités constantes) et le dégressif (annuités fortes au début, plus faibles à la fin), réservé à certains biens d'équipement neufs.
Le calcul du taux dégressif : les coefficients fiscaux
Le taux dégressif s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient qui dépend de la durée d'usage :
| Durée d'usage |
Coefficient fiscal |
| 3 à 4 ans (inclus) |
1,25 |
| Plus de 4 ans à 6 ans (inclus) |
1,75 |
| Plus de 6 ans |
2,25 |
Taux dégressif (TD) = coefficient fiscal x taux linéaire = coefficient x (1 / durée d'usage)
Exemple : pour une durée d'usage de 5 ans, TD = 1/5 x 1,75 = 35 %. Pour 4 ans, TD = 1/4 x 1,25 = 31,25 %. Pour 8 ans, TD = 1/8 x 2,25 = 28,125 %.
La règle du taux linéaire actualisé
Le taux dégressif appliqué à une base qui diminue chaque année ne permettrait jamais d'amortir totalement le bien. La règle est donc la suivante : chaque année, on compare le taux dégressif au taux linéaire actualisé (TLa), calculé sur la durée restante :
TLa = 1 / nombre d'années d'amortissement restantes
Sur 5 ans : 20 % la première année (1/5), 25 % la deuxième (1/4), 33,33 % la troisième (1/3), 50 % la quatrième (1/2), 100 % la cinquième (1/1). On retient chaque année le plus élevé des deux taux. Sur une durée de 5 ans avec un TD de 35 %, le basculement vers le linéaire actualisé intervient donc la quatrième année (50 % > 35 %).
Construire le plan d'amortissement dégressif
Le plan se construit ligne à ligne :
- annuité = base amortissable x taux retenu, avec un prorata en mois la première année (mois d'acquisition inclus en entier) ;
- base amortissable = valeur nette comptable fiscale de l'année précédente (valeur brute moins amortissements cumulés), et non la valeur d'origine ;
- la dernière année, le solde est amorti en totalité, sans prorata.
Exemple chiffré complet
Prenons le cas de la société Mistral, qui acquiert le 18 juillet N une machine pour 120 000 euros. Durée d'usage : 5 ans. Le coefficient applicable est 1,75, d'où un taux dégressif de 1/5 x 1,75 = 35 %. Le point de départ fiscal est juillet (mois entamé compté en entier), soit 6 mois en N.
| Année |
Base amortissable |
Taux retenu |
Annuité |
Cumul |
VNC fiscale |
| N |
120 000 |
35 % (x 6/12) |
21 000 |
21 000 |
99 000 |
| N+1 |
99 000 |
35 % |
34 650 |
55 650 |
64 350 |
| N+2 |
64 350 |
35 % |
22 522,50 |
78 172,50 |
41 827,50 |
| N+3 |
41 827,50 |
50 % (TLa 1/2) |
20 913,75 |
99 086,25 |
20 913,75 |
| N+4 |
20 913,75 |
100 % (TLa 1/1) |
20 913,75 |
120 000 |
0 |
En N+3, le taux linéaire actualisé (1/2 = 50 %) dépasse le taux dégressif (35 %) : on bascule. En N+4, la totalité du solde est amortie.
L'articulation avec l'amortissement dérogatoire
L'amortissement dégressif est un calcul fiscal : il ne s'enregistre pas directement en comptabilité. C'est l'amortissement dérogatoire, provision réglementée inscrite au compte 145 dans les capitaux propres, qui constate l'écart entre la dotation fiscale et la dotation comptable :
- si dotation fiscale > dotation comptable : dotation dérogatoire = fiscal - comptable ;
- si dotation fiscale < dotation comptable : reprise dérogatoire = comptable - fiscal.
Reprenons la machine de la société Mistral en supposant un amortissement comptable linéaire sur 6 ans (durée d'utilisation), une valeur résiduelle de 20 000 euros et une mise en service le 15 août N. La dotation comptable N s'élève à (120 000 - 20 000) x 1/6 x 135/360 = 6 250 euros, contre une dotation fiscale de 21 000 euros. L'écart de 14 750 euros est comptabilisé ainsi :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| 68725 |
Dotations aux provisions réglementées - amortissements dérogatoires |
14 750 |
|
| 145 |
Amortissements dérogatoires |
|
14 750 |
En fin de vie du bien, lorsque la dotation fiscale devient inférieure à la dotation comptable, le compte 145 est repris par le crédit du compte 78725. Sur la durée totale, le cumul des dotations et des reprises dérogatoires s'annule.
Les erreurs fréquentes
- Calculer l'annuité dégressive sur la valeur d'origine chaque année : la base est la VNC fiscale de l'année précédente.
- Déduire la valeur résiduelle de la base fiscale : elle ne se déduit qu'en comptabilité, jamais en fiscal.
- Compter le prorata de la première année en jours : en dégressif, le prorata se calcule en mois, le mois d'acquisition comptant en entier.
- Oublier de comparer chaque année le taux dégressif au taux linéaire actualisé, et donc ne jamais basculer.
- Partir de la date de mise en service : le point de départ fiscal est la date d'acquisition.
- Enregistrer l'amortissement dégressif directement au compte 28xx : seul l'écart avec le comptable passe en dérogatoire (145).
FAQ
Quels sont les coefficients de l'amortissement dégressif ?
Depuis 2010, les coefficients sont de 1,25 pour une durée d'usage de 3 à 4 ans, 1,75 pour une durée supérieure à 4 ans et jusqu'à 6 ans, et 2,25 au-delà de 6 ans. Le taux dégressif est égal au taux linéaire (1/durée d'usage) multiplié par ce coefficient.
Quand bascule-t-on du taux dégressif au taux linéaire ?
Chaque année, on compare le taux dégressif au taux linéaire actualisé (1 divisé par le nombre d'années restantes). Dès que le taux linéaire actualisé devient supérieur ou égal au taux dégressif, on l'applique jusqu'à la fin du plan. Cela garantit un amortissement complet du bien.
L'amortissement dégressif s'enregistre-t-il en comptabilité ?
Pas directement. La comptabilité enregistre l'amortissement comptable (681/28xx), calculé sur la durée d'utilisation réelle. La différence entre l'amortissement fiscal dégressif et l'amortissement comptable est constatée en amortissement dérogatoire : dotation au débit du 68725 et crédit du 145 quand le fiscal excède le comptable, reprise (145 au débit, 78725 au crédit) dans le cas inverse.
Entraînez-vous
La société Alizé acquiert le 12 avril N une machine-outil neuve pour 80 000 euros HT. Durée d'usage fiscale : 4 ans. L'entreprise opte pour l'amortissement dégressif.
- Calculez le taux dégressif applicable.
- Présentez le plan d'amortissement dégressif complet.
Afficher le corrigé
1. Taux dégressif
Durée d'usage de 4 ans : coefficient 1,25.
TD = 1/4 x 1,25 = 31,25 %.
Point de départ : avril N (mois entamé compté en entier), soit 9 mois en N.
2. Plan d'amortissement dégressif
Comparaison des taux : en N, TLa = 1/4 = 25 % < 31,25 % : taux dégressif. Dès N+1, TLa = 1/3 = 33,33 % > 31,25 % : on bascule sur le linéaire actualisé.
| Année |
Base amortissable |
Taux retenu |
Annuité |
Cumul |
VNC fiscale |
| N |
80 000 |
31,25 % x 9/12 |
18 750 |
18 750 |
61 250 |
| N+1 |
61 250 |
33,33 % (1/3) |
20 416,67 |
39 166,67 |
40 833,33 |
| N+2 |
40 833,33 |
50 % (1/2) |
20 416,67 |
59 583,34 |
20 416,66 |
| N+3 |
20 416,66 |
100 % (1/1) |
20 416,66 |
80 000 |
0 |
Annuité N : 80 000 x 31,25 % x 9/12 = 18 750 euros.
À partir de N+1, le taux linéaire actualisé l'emporte : l'annuité devient constante (61 250 / 3 = 20 416,67 euros) et le bien est totalement amorti à la fin de la quatrième année, sans prorata sur la dernière annuité.