Le financement de l'économie : financement direct et indirect
Les ménages épargnent, les entreprises et l'État ont besoin de fonds : encore faut-il que ces ressources circulent des uns vers les autres. La distinction entre financement direct et financement indirect est l'une des compétences explicitement visées par le programme de l'UE 5 du DCG. Elle structure de nombreux sujets, qu'il s'agisse de questions de cours, d'analyses de documents ou de dissertations sur le rôle des banques.
Capacité et besoin de financement : la raison d'être du système financier
Dans toute économie, certains agents disposent de ressources supérieures à leurs dépenses : ils dégagent une capacité de financement (épargne supérieure à l'investissement). C'est le cas des ménages, principaux agents excédentaires dans les économies développées : en France, leur taux d'épargne avoisine 17 à 18 % du revenu disponible brut.
D'autres agents ont des projets dont le coût excède leurs ressources : ils présentent un besoin de financement. Les entreprises sont structurellement dans cette situation, leurs investissements productifs dépassant le plus souvent leur autofinancement. L'État français l'est également, le déficit public étant ininterrompu depuis 1975.
Le système financier a précisément pour fonction de mettre en relation ces deux catégories d'agents. Sans lui, une multitude de projets rentables resteraient sans financement.
Le financement interne : l'autofinancement
Avant de chercher des ressources extérieures, une entreprise peut mobiliser son financement interne : la part de ses bénéfices non distribués (réserves) et ses dotations aux amortissements. L'autofinancement présente trois avantages : il ne coûte pas d'intérêts, il ne dilue pas le capital et il n'alourdit pas l'endettement. Mais il est limité par la rentabilité de l'entreprise et peut freiner la croissance si les fonds disponibles ne suffisent pas à saisir les opportunités d'investissement. C'est alors que s'ouvrent les deux circuits du financement externe.
Le financement direct : la finance de marché
Dans le financement direct, l'agent à besoin de financement émet des titres (actions ou obligations) que les agents à capacité de financement achètent directement, sans qu'un intermédiaire ne s'interpose sur le plan du bilan. L'investisseur supporte lui-même le risque attaché au titre.
Le support de cette finance directe est le marché financier, qui comporte un marché primaire (émission de titres nouveaux) et un marché secondaire (revente de titres existants, la bourse). Exemples typiques : l'émission d'obligations par l'État, l'introduction en bourse d'une entreprise, ou l'émission obligataire d'un grand groupe souscrite par des fonds d'investissement et des compagnies d'assurance.
Ce circuit reste réservé aux grands émetteurs : accéder aux marchés suppose une taille critique, une notoriété et une transparence financière dont la plupart des PME ne disposent pas.
Le financement indirect : l'intermédiation bancaire
Dans le financement indirect (ou intermédié), une banque s'interpose : elle collecte l'épargne des uns et accorde des crédits aux autres. Trois services justifient économiquement son existence :
- la réduction des coûts de transaction : la banque mutualise la recherche de contreparties et réalise des économies d'échelle ;
- la gestion des risques : elle absorbe le risque de crédit et réalise une transformation d'échéance, convertissant une épargne à court terme en financements à long terme ;
- la réduction des asymétries d'information : son expertise dans l'évaluation des projets limite l'anti-sélection et l'aléa moral.
Surtout, les banques disposent d'un pouvoir exclusif : la création monétaire. Lorsqu'une banque accorde un crédit, elle ne prête pas une épargne préexistante : elle inscrit la somme sur le compte de l'emprunteur par un simple jeu d'écriture. C'est le principe les crédits font les dépôts. La masse monétaire augmente à chaque crédit accordé et diminue lors des remboursements. Ce pouvoir n'est pas illimité : réserves obligatoires, refinancement auprès de la banque centrale et ratios prudentiels l'encadrent.
Deux circuits complémentaires : la désintermédiation
En France et en Europe continentale, la finance indirecte a longtemps dominé : on parlait d'économie d'endettement, les entreprises se finançant surtout par crédit bancaire. Depuis les années 1980, la désintermédiation a réorienté une partie des flux vers les marchés (économie de marché de capitaux), rapprochant l'Europe du modèle anglo-saxon.
Les deux circuits restent toutefois complémentaires : les grands groupes arbitrent entre crédit et émission de titres, tandis que les PME et les ménages dépendent presque exclusivement du crédit bancaire. Les banques elles-mêmes se sont adaptées en développant un rôle d'intermédiaires de marché : elles organisent les émissions et placent les titres, sans inscrire ces opérations à leur bilan.
Exemple chiffré : deux entreprises, deux circuits
Prenons le cas de la société Verdoux, PME de mécanique de précision, qui veut acquérir une machine de 300 000 €. Elle mobilise 100 000 € d'autofinancement et emprunte 200 000 € auprès de sa banque sur 7 ans à 4 % : c'est un financement indirect. Si le coût du crédit à court terme passe de 1,2 % à 3,8 %, comme lors d'un cycle de resserrement monétaire, ses charges financières s'alourdissent fortement et elle peut être conduite à reporter l'investissement : la PME est captive du circuit bancaire.
À l'inverse, le groupe coté Helior émet 500 millions d'euros d'obligations à 10 ans, souscrites par des compagnies d'assurance et des fonds de pension (les investisseurs institutionnels) : c'est un financement direct, qui lui permet d'allonger la maturité de sa dette et de s'affranchir partiellement du crédit bancaire. La taille de l'émetteur détermine donc largement le circuit accessible.
Les erreurs fréquentes
- Confondre financement direct et financement interne : l'autofinancement n'est ni direct ni indirect, c'est un financement interne.
- Croire que les banques ne prêtent que l'épargne collectée : par la création monétaire, ce sont les crédits qui font les dépôts.
- Penser que la désintermédiation a marginalisé les banques : elles restent essentielles pour les PME et les ménages, et se sont repositionnées comme intermédiaires de marché.
- Oublier que les investisseurs institutionnels (OPCVM, fonds de pension, assureurs) ne créent pas de monnaie : ils ne placent que les ressources collectées.
- Confondre marché primaire (émission de titres nouveaux) et marché secondaire (revente de titres existants).
FAQ
Quelle différence entre financement direct et financement interne ?
Le financement interne (autofinancement) mobilise les ressources propres de l'entreprise : bénéfices mis en réserve et dotations aux amortissements. Le financement direct est un financement externe : l'entreprise lève des fonds en émettant des titres sur les marchés, achetés par des agents à capacité de financement.
Pourquoi dit-on que les crédits font les dépôts ?
Parce que la banque crée la monnaie au moment où elle accorde le crédit : elle inscrit la somme prêtée sur le compte de l'emprunteur sans puiser dans une épargne préalable. Le dépôt naît du crédit, et non l'inverse. La monnaie est ensuite détruite au fur et à mesure des remboursements.
Pourquoi les PME dépendent-elles surtout du financement indirect ?
Parce que l'accès aux marchés financiers exige une taille critique, un historique financier, une transparence et des coûts d'émission que seules les grandes entreprises peuvent assumer. Faute de pouvoir émettre actions ou obligations, les PME recourent au crédit bancaire, ce qui les rend particulièrement sensibles aux variations des taux d'intérêt.
Entraînez-vous
Question de cours rédigée : qu'appelle-t-on financement direct et financement indirect ? Illustrez chaque circuit par un exemple concret, puis montrez en quoi les deux circuits sont complémentaires.
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Le financement direct est le circuit par lequel un agent à besoin de financement émet des titres (actions ou obligations) acquis directement par des agents à capacité de financement, sans intermédiaire de bilan. Exemple : une entreprise procède à une introduction en bourse ; des ménages et des fonds achètent ses actions sur le marché financier, et l'entreprise reçoit les fonds sans passer par un crédit bancaire. L'investisseur supporte directement le risque attaché au titre.
Le financement indirect (ou intermédié) repose sur un intermédiaire financier, la banque, qui collecte des dépôts ou crée de la monnaie par le crédit, et prête aux agents à besoin de financement. Exemple : une PME contracte un emprunt auprès de sa banque pour financer l'achat d'une machine-outil. La banque supporte le risque de non-remboursement et réalise une transformation d'échéance (ressources courtes, emplois longs).
Complémentarité : les deux circuits ne s'adressent pas aux mêmes agents. Les grands groupes, dotés de la taille et de la notoriété requises, accèdent aux marchés et peuvent arbitrer entre crédit et émission de titres ; les PME et les ménages, exclus des marchés, dépendent du crédit bancaire. Par ailleurs, en période de crise des marchés, les émetteurs se reportent sur le crédit bancaire, et inversement le mouvement de désintermédiation a permis aux grands émetteurs de contourner un crédit devenu coûteux. Enfin, les banques participent elles-mêmes à la finance directe comme intermédiaires de marché (organisation des émissions, placement des titres), ce qui montre l'imbrication des deux circuits au sein du système financier.