La crise de 1929 : causes, mécanismes et relance des années 1930
Comprendre la crise de 1929, ses causes et ses conséquences, c'est détenir une grille de lecture qui sert encore aujourd'hui pour analyser les crises financières. Au programme de l'UE 5 du DCG, cette rupture majeure marque la fin du laisser-faire et la naissance du keynésianisme. Voici les mécanismes à connaître, du krach de Wall Street au New Deal de Roosevelt.
Le krach d'octobre 1929 : le point de départ
Le 24 octobre 1929, le « jeudi noir », la Bourse de New York s'effondre après une décennie de spéculation effrénée. La chute est vertigineuse : en trois ans, l'indice Dow Jones perd 89 % de sa valeur. Ce qui n'était au départ qu'une crise boursière devient la plus grave crise économique du capitalisme industriel : la Grande Dépression.
L'ampleur des dégâts est sans précédent. Aux États-Unis, le PIB chute de 30 % entre 1929 et 1933, le taux de chômage atteint 25 % de la population active et des milliers de banques font faillite.
Les mécanismes de transmission à l'économie réelle
Comment une chute des cours boursiers a-t-elle pu provoquer un tel effondrement de l'économie réelle ? Le cours identifie deux mécanismes internes essentiels :
- La déflation par la dette : les ménages et les entreprises qui s'étaient endettés pour acheter des actions voient la valeur de leur patrimoine s'effondrer, tandis que leurs dettes restent nominalement stables. Pour rembourser, ils vendent des actifs réels et réduisent leurs dépenses, ce qui accentue la baisse des prix et de l'activité.
- La contraction du crédit : victimes de paniques bancaires, les banques cessent de prêter et asphyxient les entreprises, qui licencient à leur tour.
La baisse des revenus réduit la consommation, ce qui réduit encore la production : c'est un cercle vicieux, que l'on peut lire comme un multiplicateur keynésien fonctionnant en sens inverse.
Une crise mondiale : les trois canaux de propagation
La crise née aux États-Unis se propage au reste du monde par trois canaux :
- La baisse des exportations américaines, qui prive les partenaires commerciaux de débouchés.
- Le rapatriement des capitaux prêtés à l'Europe, qui assèche le financement des économies européennes.
- La hausse des droits de douane : le tarif Smoot-Hawley adopté en 1930 par les États-Unis déclenche des représailles commerciales en chaîne, qui effondrent le commerce international.
Ce protectionnisme en cascade est l'une des grandes leçons de la crise : il aggrave la dépression au lieu de protéger les économies nationales.
L'échec de la réponse orthodoxe et la relance des années 1930
La réaction initiale des gouvernements suit l'orthodoxie libérale de l'époque : réduction des dépenses publiques et hausse des taux d'intérêt pour défendre l'étalon-or. Résultat : la récession s'aggrave au lieu de se résorber. C'est précisément dans ce contexte d'impuissance des politiques traditionnelles que la pensée keynésienne s'impose comme réponse théorique et pratique.
Le tournant vient des États-Unis. À partir de 1933, le président Franklin D. Roosevelt lance le New Deal, un programme de relance qui associe :
- des travaux publics massifs (barrages, routes, écoles) employant des millions de chômeurs ;
- une régulation du secteur bancaire ;
- un soutien aux prix agricoles ;
- la création d'un filet de protection sociale.
Le New Deal illustre la politique de demande préconisée par Keynes : quand la demande privée s'effondre, l'État doit s'y substituer pour relancer l'activité. En Europe, la Suède social-démocrate adopte des politiques similaires dès 1932.
Soyez précis sur le bilan : le New Deal ne met pas fin à la crise. Le chômage américain reste élevé jusqu'à la mobilisation industrielle de la Seconde Guerre mondiale. Mais il marque un tournant idéologique majeur : désormais, l'État peut et doit intervenir dans l'économie pour compenser les défaillances du marché.
L'héritage : Bretton Woods et le cadre multilatéral
Les accords de Bretton Woods, signés en 1944, tirent directement les leçons de la crise. Pour éviter la répétition des dévaluations compétitives et du protectionnisme en chaîne des années 1930, les grandes puissances créent un système monétaire international fondé sur le dollar, convertible en or à 35 dollars l'once, et des institutions de coopération : le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale. En 1947, le GATT organise la libéralisation progressive du commerce international.
Un écho contemporain : la crise de 2008
La crise financière de 2008, déclenchée par l'éclatement de la bulle immobilière américaine des subprimes, présente de nombreux points communs avec 1929 : spéculation financière excessive, effet de levier démesuré, effondrement du crédit, récession mondiale. Mais cette fois, les leçons de l'histoire ont été retenues : les gouvernements ont massivement soutenu les banques et lancé des plans de relance coordonnés au niveau international, comme le plan Obama de 800 milliards de dollars. Cette réponse keynésienne massive a évité une dépression comparable à celle des années 1930, au prix d'une hausse sans précédent de la dette publique. Connaître 1929, c'est comprendre pourquoi les décideurs de 2008 ont agi si vite.
Les erreurs fréquentes
- Réduire la crise de 1929 au seul krach boursier : le krach est le déclencheur, pas toute la crise. Ce sont les mécanismes de transmission (déflation par la dette, contraction du crédit, protectionnisme) qui transforment l'accident boursier en dépression mondiale. Une copie qui s'arrête au jeudi noir reste superficielle.
- Croire que le New Deal a mis fin à la crise : il en a atténué les effets et marqué un tournant idéologique, mais le chômage de masse ne disparaît qu'avec la mobilisation industrielle de la Seconde Guerre mondiale.
- Présenter la réaction initiale des gouvernements comme une relance : c'est l'inverse. La première réponse fut l'orthodoxie (baisse des dépenses, hausse des taux pour défendre l'étalon-or), qui a aggravé la récession. La relance ne vient qu'ensuite, avec le New Deal.
- Oublier la dimension internationale : la propagation par les exportations, les capitaux et le tarif Smoot-Hawley est régulièrement demandée. Une analyse purement américaine est incomplète.
FAQ
Quelles sont les causes de la crise de 1929 ?
La cause immédiate est le krach boursier du 24 octobre 1929, qui survient après une décennie de spéculation effrénée à Wall Street. La crise financière se transmet ensuite à l'économie réelle par la déflation par la dette (les agents endettés vendent leurs actifs et coupent leurs dépenses), la contraction du crédit liée aux faillites bancaires et l'effondrement de la demande. La réponse orthodoxe initiale (austérité, défense de l'étalon-or) aggrave encore la récession.
Quelles ont été les conséquences de la crise de 1929 ?
Aux États-Unis, le PIB recule d'environ 30 % entre 1929 et 1933 et le chômage touche 25 % de la population active. La crise devient mondiale via la chute des exportations américaines, le rapatriement des capitaux et la guerre commerciale lancée par le tarif Smoot-Hawley (1930). Sur le plan des idées, elle délégitimise le laisser-faire et ouvre la voie au keynésianisme, au New Deal et, après-guerre, aux accords de Bretton Woods.
Qu'est-ce que le New Deal de Roosevelt ?
C'est le programme de relance économique lancé par Franklin D. Roosevelt à partir de 1933. Il combine travaux publics massifs (barrages, routes, écoles), régulation du secteur bancaire, soutien aux prix agricoles et création d'un filet de protection sociale. Il illustre la politique de relance par la demande théorisée par Keynes : face à l'effondrement de la demande privée, l'État intervient pour soutenir l'activité et l'emploi.
Entraînez-vous
QCM - une seule bonne réponse par question.
Quel mécanisme transforme le krach boursier de 1929 en dépression de l'économie réelle ?
a) La hausse des salaires réels - b) La déflation par la dette et la contraction du crédit - c) L'excès de dépenses publiques
Le tarif Smoot-Hawley (1930) a eu pour effet :
a) De relancer le commerce mondial - b) De protéger durablement l'économie américaine - c) De déclencher des représailles en chaîne qui ont effondré le commerce international
Quel est le bilan exact du New Deal ?
a) Il met fin à la crise dès 1934
b) Il atténue la crise et marque un tournant idéologique, mais le chômage de masse ne disparaît qu'avec la Seconde Guerre mondiale
c) Il aggrave la récession en défendant l'étalon-or
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1. Réponse b. Les agents endettés voient leur patrimoine s'effondrer alors que leurs dettes restent stables : ils vendent des actifs et coupent leurs dépenses (déflation par la dette), tandis que les paniques bancaires assèchent le crédit. La baisse des revenus réduit la consommation puis la production : un multiplicateur keynésien fonctionnant à l'envers.
2. Réponse c. Le protectionnisme américain déclenche des représailles commerciales en cascade qui effondrent le commerce international et aggravent la dépression au lieu de protéger les économies nationales. C'est l'une des grandes leçons de la crise, retenue à Bretton Woods (1944) puis avec le GATT (1947).
3. Réponse b. Le New Deal (travaux publics, régulation bancaire, soutien aux prix agricoles, protection sociale) illustre la politique de demande keynésienne et marque un tournant idéologique majeur, mais il ne met pas fin à la crise : le chômage américain reste élevé jusqu'à la mobilisation industrielle de la Seconde Guerre mondiale. La réponse c décrit la politique orthodoxe initiale, antérieure au New Deal.