Les styles de direction : Lewin, Likert, Blake et Mouton
Identifier les styles de direction de Likert, de Lewin ou de Blake et Mouton dans une situation d'entreprise est un exercice quasi systématique à l'épreuve de management du DCG (UE 7). La consigne type : « identifiez le style de direction de M. X en vous appuyant sur un auteur ». Trois cadres théoriques sont nommés par le programme, et chacun apporte un angle différent : il faut savoir les mobiliser sur un cas, jamais les réciter dans le vide.
Lewin : autoritaire, démocratique, laisser-faire
Les travaux de Kurt Lewin, avec Lippit et White (1947), constituent la référence historique fondatrice. À partir d'expérimentations sur des groupes d'enfants, ils distinguent trois styles :
- le style autoritaire : décisions unilatérales, faibles explications, contrôle étroit. Il produit un fort rendement à court terme et reste pertinent en situation d'urgence ou avec un personnel peu qualifié, mais il crée de la dépendance au leader, une mauvaise ambiance et une aversion pour les responsabilités ;
- le style démocratique : concertation, délégation partielle, explications fournies. Il génère une meilleure ambiance, de l'autonomie et de l'initiative ; le rendement est légèrement plus faible mais de meilleure qualité sur la durée. Pertinent pour des équipes qualifiées et des tâches complexes ;
- le style laisser-faire : apport de compétences techniques mais absence d'encadrement. Il produit désorganisation, frustration et mauvais résultats collectifs, sauf cas particulier d'experts très autonomes.
Point de vigilance attendu en copie : Lewin lui-même précise que la supériorité du style démocratique n'est pas absolue. Elle suppose de bonnes relations entre le leader et le groupe, des tâches non entièrement structurées et un pouvoir qui ne repose pas sur la seule autorité hiérarchique.
Likert : les quatre systèmes de management
Rensis Likert (1961) affine la grille en quatre systèmes :
- système 1, autoritaire exploiteur : décisions au sommet, motivation par la peur et la sanction ;
- système 2, autoritaire paternaliste : bienveillant mais peu consultatif, motivation par la récompense accordée d'en haut ;
- système 3, consultatif : les collaborateurs sont consultés, mais la décision finale revient au manager ;
- système 4, participatif par groupe : confiance totale, décisions collectives, objectifs fixés en concertation.
Likert conclut que les systèmes 3 et 4 sont associés à une productivité plus élevée, un turnover moindre et des relations de travail plus coopératives. Mais il observe que la pratique réelle des organisations oscille le plus souvent entre les systèmes 2 et 3 : le système 4 reste rare.
Blake et Mouton : la grille managériale
Robert Blake et Jane Mouton (1969) proposent une grille à deux axes indépendants, notés de 1 à 9 : l'intérêt pour la production (objectifs, résultats) et l'intérêt pour les personnes (bien-être, relations). Cinq styles emblématiques :
- (1;1) style anémique : investissement minimal sur les deux axes ;
- (9;1) style centré sur la tâche : exigences élevées, peu d'écoute ;
- (1;9) style social : primauté des relations sur les résultats ;
- (5;5) style intermédiaire : compromis ;
- (9;9) leadership d'équipe : exigences élevées et forte implication des collaborateurs, considéré comme le style optimal.
La grille est avant tout un outil de diagnostic et d'auto-évaluation : elle permet à un manager d'identifier son style dominant et ses angles morts. Attention au point de vigilance : ces modèles suggèrent parfois un style universellement supérieur (le 9;9, le système 4). Les approches contingentes, hors champ du DCG, montrent que l'efficacité d'un style dépend du contexte (maturité des collaborateurs, urgence, culture). L'attendu en UE 7 est d'identifier le style dominant dans une situation donnée et d'en apprécier la pertinence.
Un exemple chiffré : deux managers, deux styles, deux résultats
Prenons le cas de la société Proprinet, entreprise de propreté de 300 salariés répartis en deux régions, avec un turnover global de 32 %. Région Est, manager Karim : plannings fixés unilatéralement, contrôle de chaque fiche d'intervention, pénalités en cas d'erreur. Absentéisme : 12 %. Région Ouest, manager Sonia : plannings discutés en équipe, choix d'organisation expliqués, gestion des petits imprévus déléguée aux agents, réunion hebdomadaire. Absentéisme : 6 %, soit deux fois moins. Qualification : Karim relève du style autoritaire de Lewin, du système 1 (autoritaire exploiteur) de Likert et de la position (9;1) de Blake et Mouton. Sonia relève du style démocratique de Lewin, du système 3 voire 4 de Likert et d'une position proche du (9;9). Si chaque point d'absentéisme coûte environ 25 000 euros par région (remplacements, désorganisation), l'écart de 6 points représente près de 150 000 euros par an : le style de direction est aussi une variable économique.
Les erreurs fréquentes
- Réciter les trois cadres sans les appliquer au cas : la consigne demande toujours une qualification justifiée par des indices du texte.
- Confondre style démocratique (Lewin) et laisser-faire : déléguer en expliquant n'est pas laisser faire sans encadrement.
- Présenter le système 4 de Likert comme la pratique courante : Likert constate que les organisations réelles oscillent entre les systèmes 2 et 3.
- Lire la grille de Blake et Mouton comme un axe unique : les deux dimensions (production, personnes) sont indépendantes.
- Prescrire le 9;9 comme solution universelle sans nuance contextuelle : un style autoritaire peut être pertinent en situation de crise ou d'urgence.
FAQ
Quels sont les styles de direction de Likert ?
Quatre systèmes : autoritaire exploiteur (système 1, peur et sanction), autoritaire paternaliste (système 2, bienveillance sans consultation), consultatif (système 3, avis sollicités mais décision au manager) et participatif par groupe (système 4, confiance et décisions collectives). Les systèmes 3 et 4 sont associés aux meilleures performances.
Quelle est la différence entre les styles de Lewin et la grille de Blake et Mouton ?
Lewin propose une typologie en trois styles (autoritaire, démocratique, laisser-faire) issue d'expérimentations sur la dynamique de groupe. Blake et Mouton proposent un outil de positionnement sur deux axes indépendants (intérêt pour la production, intérêt pour les personnes), qui permet un diagnostic plus fin avec cinq styles emblématiques, du (1;1) anémique au (9;9) leadership d'équipe.
Existe-t-il un style de direction idéal ?
Les modèles désignent des optima (style démocratique, système 4, position 9;9), mais leur efficacité dépend du contexte : urgence, qualification des équipes, nature des tâches, qualité des relations. Lewin lui-même conditionnait la supériorité du style démocratique. L'attendu au DCG est d'apprécier la pertinence d'un style dans une situation donnée.
Entraînez-vous
Énoncé : Élodie dirige une agence bancaire de 15 conseillers. Témoignage d'un conseiller : « Élodie nous consulte sur les objectifs commerciaux, mais c'est elle qui tranche. Elle explique toujours ses décisions. Quand un client pose un problème complexe, elle nous laisse gérer et nous couvre en cas d'erreur de bonne foi. Les résultats de l'agence sont les meilleurs de la région, et personne ne veut partir. » 1) Qualifiez le style d'Élodie selon Lewin, Likert et Blake et Mouton, en citant les indices. 2) Ce style serait-il pertinent dans une salle de marchés en pleine crise de liquidité ? Justifiez.
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Selon Lewin, Élodie adopte un style démocratique : concertation (« nous consulte »), explications fournies (« explique toujours ses décisions »), délégation partielle (« nous laisse gérer » les cas complexes). Selon Likert, elle relève du système 3 (consultatif) : les collaborateurs sont consultés mais la décision finale lui revient (« c'est elle qui tranche ») ; la confiance accordée et le droit à l'erreur (« nous couvre en cas d'erreur de bonne foi ») la rapprochent par moments du système 4, sans décisions collectives toutefois. Selon Blake et Mouton, elle combine un fort intérêt pour la production (meilleurs résultats de la région) et un fort intérêt pour les personnes (délégation, protection, fidélisation : « personne ne veut partir ») : position proche du (9;9), leadership d'équipe.
En situation de crise de liquidité dans une salle de marchés, la pertinence du style démocratique-consultatif serait discutable. Les conditions de validité posées par Lewin ne sont plus réunies : l'urgence impose des décisions immédiates et les tâches deviennent très structurées par les procédures de crise. Un style plus directif (autoritaire au sens de Lewin) serait temporairement plus efficace : ordres clairs, circuit de décision court, contrôle étroit des positions. C'est l'illustration de la limite des modèles universalistes : aucun style n'est intrinsèquement supérieur, son efficacité dépend du contexte (urgence, enjeux, qualification). Une bonne copie conclut qu'Élodie devrait adapter son style à la situation, quitte à revenir au mode consultatif une fois la crise passée.