Les frais d'établissement : méthode de référence et option
Frais de constitution, frais de modification, frais d'augmentation de capital : la comptabilisation des frais d'établissement au compte 201 fait partie des questions de méthode favorites de l'épreuve UE 10 du DCG. La difficulté ne tient pas aux écritures, plutôt simples, mais au choix entre méthode de référence et options, et à la conséquence souvent oubliée sur la distribution de dividendes.
Que recouvrent les frais d'établissement ?
Les frais d'établissement sont des dépenses liées à la création et au développement de l'entreprise et de son capital, qui ne peuvent être rattachées à aucune production en particulier. On y trouve :
- les frais de constitution : honoraires juridiques, droits d'enregistrement, frais de publication au greffe du tribunal lors de la création de la société ;
- les frais de premier établissement : frais de prospection et de publicité engagés pour l'ouverture d'un nouvel établissement ou la présentation de la nouvelle société ;
- les frais de modification : transformation de la forme juridique, changements statutaires ;
- les frais d'augmentation de capital et d'opérations diverses : fusion, scission.
Attention sur la publicité : seuls les frais de publicité liés à l'ouverture d'un nouvel établissement ou à la présentation de la société sont activables. La publicité courante des produits reste une charge ordinaire.
La méthode de référence : la comptabilisation en charges
Pour les frais de constitution, de modification et de premier établissement, la méthode de référence consiste à les inscrire en charges de l'exercice. L'écriture est celle de toute facture de frais :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| 6226 |
Honoraires |
5 000 |
|
| 44566 |
État, TVA déductible sur autres biens et services |
1 000 |
|
| 512 |
Banque |
|
6 000 |
Cette méthode est la plus fidèle économiquement : ces dépenses ne génèrent pas, en elles-mêmes, d'avantages économiques futurs identifiables.
L'option : l'activation au compte 201
L'entreprise peut toutefois opter pour l'inscription à l'actif au compte 201 « Frais d'établissement ». Cette option permet d'étaler la charge sur plusieurs exercices via l'amortissement, ce qui préserve le résultat des premières années, souvent fragiles. Deux modalités pratiques existent.
Cas 1 : les frais ont d'abord été enregistrés en charges. On les active en fin d'exercice par le compte 721 « Production immobilisée - immobilisations incorporelles », qui neutralise les charges :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| 201 |
Frais d'établissement |
5 000 |
|
| 721 |
Production immobilisée - immobilisations incorporelles |
|
5 000 |
Cas 2 : l'activation directe à la facturation. Le compte 201 est débité dès l'enregistrement de la facture, avec la TVA déductible sur immobilisations (44562).
Les frais d'établissement activés sont amortissables sur 5 ans maximum, généralement en linéaire et sans prorata temporis.
Le cas particulier des frais d'augmentation de capital
Pour les frais d'augmentation de capital (et de fusion ou de scission), l'entreprise dispose de trois traitements possibles :
- l'imputation sur la prime d'émission (compte 104) : c'est la méthode préférentielle. Les frais viennent en déduction de la prime dégagée par l'opération ;
- l'inscription à l'actif au compte 201 ;
- l'inscription en charges.
L'imputation sur la prime s'enregistre ainsi (frais de 9 000 euros HT, TVA 20 %) :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| 1041 |
Prime d'émission |
9 000 |
|
| 44566 |
État, TVA déductible sur autres biens et services |
1 800 |
|
| 512 |
Banque |
|
10 800 |
L'avantage de cette méthode : ni le résultat ni l'actif ne sont affectés, les frais s'imputent directement sur les capitaux propres créés par l'opération.
La contrainte sur les dividendes : une règle d'or
L'article R. 123-187 du Code de commerce pose une limite essentielle : tant que le poste « frais d'établissement » (comme le poste « frais de développement ») n'est pas apuré, aucune distribution de dividendes n'est possible, sauf si le montant des réserves libres est au moins égal à celui des frais non amortis.
Concrètement, une société qui a activé 10 000 euros de frais de constitution et n'en a amorti que 4 000 ne peut distribuer de dividendes que si ses réserves libres atteignent au moins 6 000 euros. Cette question de cours tombe régulièrement à l'examen.
Exemple chiffré complet
Prenons le cas de la SARL Calliopé, constituée le 1er mars N. Les frais de constitution (honoraires juridiques et frais de publication) s'élèvent à 6 000 euros HT, enregistrés en charges au cours de l'exercice. La société, anticipant un premier exercice déficitaire, opte pour l'activation des frais d'établissement, amortis sur 5 ans sans prorata.
Au 31 décembre N, activation des frais :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| 2011 |
Frais de constitution |
6 000 |
|
| 721 |
Production immobilisée - immobilisations incorporelles |
|
6 000 |
Puis dotation aux amortissements (6 000 / 5 = 1 200 euros) :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| 6811 |
Dotations aux amortissements sur immobilisations |
1 200 |
|
| 2801 |
Amortissements des frais d'établissement |
|
1 200 |
Tant que les 4 800 euros restants ne sont pas amortis, la SARL ne pourra distribuer de bénéfices que si ses réserves libres couvrent ce montant.
Les erreurs fréquentes
- Croire que l'activation est la méthode de référence : pour les frais de constitution, modification et premier établissement, la référence est la comptabilisation en charges, l'activation n'est qu'une option.
- Oublier la troisième voie pour les frais d'augmentation de capital : l'imputation sur la prime d'émission, qui est la méthode préférentielle.
- Amortir les frais d'établissement sur plus de 5 ans : c'est la durée maximale.
- Activer des frais de publicité ordinaires : seule la publicité d'ouverture ou de lancement de la société est concernée.
- Ignorer la règle de blocage des dividendes tant que le compte 201 n'est pas apuré (ou couvert par des réserves libres).
- Utiliser le compte 44562 au lieu du 44566 quand les frais sont comptabilisés en charges.
FAQ
Quelle est la méthode de référence pour les frais d'établissement ?
Pour les frais de constitution, de modification et de premier établissement, la méthode de référence est l'inscription en charges. L'inscription à l'actif au compte 201 est une simple option, qui permet d'étaler la charge par l'amortissement sur 5 ans maximum. Pour les frais d'augmentation de capital, la méthode préférentielle est l'imputation sur la prime d'émission.
Sur quelle durée amortit-on les frais d'établissement ?
Les frais d'établissement activés s'amortissent sur une durée maximale de 5 ans, le plus souvent en linéaire et sans prorata temporis. À l'issue de l'amortissement, le poste est apuré et la contrainte sur la distribution de dividendes disparaît.
Peut-on distribuer des dividendes avec des frais d'établissement à l'actif ?
Uniquement si le montant des réserves libres est au moins égal au montant des frais d'établissement (et des frais de développement) non encore amortis. À défaut, toute distribution de dividendes est interdite tant que ces postes ne sont pas apurés.
Entraînez-vous
La SA Bellone procède le 1er juin N à une augmentation de capital : émission de 3 000 actions de nominal 100 euros au prix de 110 euros, soit une prime d'émission totale de 30 000 euros. Les frais d'émission s'élèvent à 9 000 euros HT (TVA 20 %), réglés par banque. La société applique la méthode préférentielle pour ces frais.
- Rappelez les trois traitements possibles des frais d'augmentation de capital et identifiez la méthode préférentielle.
- Enregistrez les frais selon la méthode préférentielle.
- Au 31/12/N, le bilan fait apparaître par ailleurs 4 000 euros de frais de constitution non amortis et 3 500 euros de réserves libres. La société peut-elle distribuer des dividendes ?
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1. Les trois traitements possibles
Les frais d'augmentation de capital peuvent être : imputés sur la prime d'émission (compte 104), inscrits à l'actif en frais d'établissement (compte 201), ou comptabilisés en charges. La méthode préférentielle est l'imputation sur la prime d'émission.
2. Écriture selon la méthode préférentielle
La prime d'émission (30 000 euros) est suffisante pour absorber les frais (9 000 euros) :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| 1041 |
Prime d'émission |
9 000 |
|
| 44566 |
État, TVA déductible sur autres biens et services |
1 800 |
|
| 512 |
Banque |
|
10 800 |
Ni le résultat ni l'actif ne sont impactés : les frais réduisent directement les capitaux propres issus de l'opération.
3. Distribution de dividendes
Le poste frais d'établissement n'est pas apuré : il reste 4 000 euros non amortis. La distribution n'est possible que si les réserves libres atteignent au moins ce montant. Or elles ne s'élèvent qu'à 3 500 euros. La société ne peut donc pas distribuer de dividendes tant que les frais ne sont pas davantage amortis ou les réserves libres renforcées.