La juste valeur en IFRS : définition et évaluation
La juste valeur est un mode d'évaluation central dans le référentiel IFRS, défini par la norme IFRS 13. Elle vise à donner une image plus actuelle et pertinente de la situation financière d'une entreprise, en reflétant les conditions de marché à la date de clôture. À l'épreuve de DSCG UE4, le correcteur attend que vous sachiez distinguer les trois niveaux de hiérarchie de la juste valeur, citer les normes qui l'imposent ou l'autorisent, et discuter de ses avantages et limites par rapport au coût historique. Cet article vous fournit une synthèse complète pour aborder sereinement ce thème.
Définition de la juste valeur selon IFRS 13
La juste valeur est définie comme le prix qui serait reçu pour la vente d'un actif ou payé pour le transfert d'un passif lors d'une transaction normale entre des participants de marché à la date d'évaluation. Il s'agit d'un prix de sortie (exit price), qui n'est pas ajusté des coûts de transaction. Les coûts de transaction sont comptabilisés séparément, conformément à la norme applicable. Cette définition repose sur une approche de marché : on cherche à estimer le prix auquel un actif pourrait être cédé dans des conditions normales, et non le prix d'acquisition (coût historique).
La juste valeur s'applique à de nombreux actifs et passifs, mais pas à tous. Elle est notamment utilisée pour les instruments financiers (IFRS 9), les actifs biologiques (IAS 41), les regroupements d'entreprises (IFRS 3), et les paiements fondés sur des actions (IFRS 2). Pour les immeubles de placement (IAS 40), la juste valeur est une option, au même titre que le coût historique. Elle peut également être utilisée comme option de comptabilisation pour les immobilisations corporelles (IAS 16) et incorporelles (IAS 38) via le modèle de réévaluation.
Hiérarchie des trois niveaux de juste valeur
IFRS 13 établit une hiérarchie des données d'entrée utilisées pour estimer la juste valeur, classées en trois niveaux selon leur fiabilité. Le niveau 1 est le plus fiable, le niveau 3 le moins fiable. L'entité doit utiliser en priorité les données de niveau 1, puis de niveau 2, et enfin de niveau 3.
Niveau 1 : prix cotés sur des marchés actifs
Il s'agit de prix cotés (non ajustés) sur des marchés actifs pour des actifs ou passifs identiques auxquels l'entité peut accéder à la date d'évaluation. Exemples : actions cotées en Bourse, obligations d'État négociées sur un marché actif. La juste valeur est alors le cours de bourse (cours acheteur pour un actif, cours vendeur pour un passif, ou le cours le plus représentatif).
Niveau 2 : données observables autres que les prix cotés de niveau 1
Ce niveau inclut des données directement ou indirectement observables sur le marché, mais qui ne sont pas des prix cotés pour l'actif ou le passif identique. Exemples : prix cotés pour des actifs similaires sur des marchés actifs, taux d'intérêt, spreads de crédit, courbes de rendement, etc. On utilise alors des techniques d'évaluation comme la méthode des comparables (pour un immeuble, on se réfère aux prix de vente de biens similaires dans le même secteur).
Niveau 3 : données non observables
Lorsque les données de marché ne sont pas disponibles, l'entité doit recourir à ses propres hypothèses, en utilisant la meilleure information disponible. La technique d'évaluation la plus courante est l'actualisation des flux de trésorerie futurs (DCF). Exemples : évaluation d'une entreprise non cotée, d'un brevet, d'un immeuble sans marché actif. Les données utilisées (taux d'actualisation, flux attendus) sont fondées sur le jugement de l'entité, mais doivent refléter les hypothèses que des participants de marché utiliseraient.
Normes qui imposent ou autorisent la juste valeur
Plusieurs normes IFRS imposent l'évaluation à la juste valeur pour certains actifs ou passifs :
- IFRS 9 : les instruments financiers sont classés en trois catégories : au coût amorti, à la juste valeur par le résultat (FVTPL) ou à la juste valeur par les autres éléments du résultat global (FVOCI). Les instruments dérivés sont toujours à la juste valeur.
- IAS 41 : les actifs biologiques (plantes, animaux) sont évalués à la juste valeur diminuée des coûts de vente, sauf si la juste valeur ne peut être mesurée de façon fiable.
- IFRS 3 : dans un regroupement d'entreprises, les actifs identifiables acquis et les passifs repris sont évalués à leur juste valeur à la date d'acquisition.
- IFRS 2 : les transactions payées en actions sont évaluées à la juste valeur des instruments de capitaux propres attribués.
D'autres normes autorisent la juste valeur comme alternative :
- IAS 40 : les immeubles de placement peuvent être comptabilisés au coût historique ou à la juste valeur. Si l'option juste valeur est choisie, elle doit être appliquée à tous les immeubles de placement.
- IAS 16 : modèle de réévaluation pour les immobilisations corporelles (à la juste valeur à la date de réévaluation).
- IAS 38 : modèle de réévaluation pour les immobilisations incorporelles (si un marché actif existe).
Juste valeur vs coût historique : avantages et limites
Le coût historique est la valeur d'origine d'un actif, ajustée des amortissements et dépréciations. Il est objectif et vérifiable, mais peut devenir obsolète avec le temps. La juste valeur, quant à elle, fournit une information plus actuelle et pertinente pour les investisseurs, mais elle introduit de la volatilité dans les résultats et repose sur des estimations parfois subjectives.
| Critère |
Coût historique |
Juste valeur |
| Objectivité |
Élevée (prix d'acquisition) |
Variable (selon le niveau) |
| Pertinence |
Faible (valeur passée) |
Élevée (valeur actuelle) |
| Volatilité du résultat |
Faible |
Élevée (variations de marché) |
| Comparabilité |
Limitée (mêmes actifs achetés à des dates différentes) |
Améliorée (mêmes bases d'évaluation) |
| Normes concernées |
IAS 16, IAS 38, IAS 40 (modèle du coût) |
IFRS 9, IAS 40, IAS 41, IFRS 3, etc. |
Exemple chiffré
La société Delta possède un immeuble de placement et un portefeuille d'actions cotées. À la clôture, elle doit évaluer ces actifs à la juste valeur.
Données :
- Immeuble : valeur d'acquisition 2 000 000 €. Il n'existe pas de marché actif pour cet immeuble, mais des biens similaires se sont vendus récemment entre 2 100 000 € et 2 300 000 €. Un expert estime la juste valeur à 2 200 000 € (niveau 2).
- Portefeuille d'actions : 10 000 actions de la société X, cotées en Bourse. Le cours de clôture est de 45 € par action. Juste valeur = 450 000 € (niveau 1).
Traitement :
- Pour l'immeuble, on retient le niveau 2 (données observables de comparables). La juste valeur est de 2 200 000 €.
- Pour les actions, on retient le niveau 1 (prix coté). La juste valeur est de 450 000 €.
Écritures comptables (si l'immeuble est comptabilisé au modèle de la juste valeur selon IAS 40) :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| Immeubles de placement |
Actif |
200 000,00 |
|
| Résultat (ou écart de réévaluation) |
Produit / Capitaux propres |
|
200 000,00 |
Pour les actions (classées en FVTPL selon IFRS 9) :
| Compte |
Intitulé |
Débit |
Crédit |
| Actif financier |
Actif |
50 000,00 |
|
| Résultat |
Produit |
|
50 000,00 |
Les erreurs fréquentes
- Confondre juste valeur et valeur de marché : la juste valeur est une notion plus large qui inclut les niveaux 2 et 3, pas seulement les prix cotés.
- Oublier que la juste valeur est un prix de sortie (exit price) et non d'entrée (entry price), et qu'elle n'est pas ajustée des coûts de transaction.
- Appliquer la juste valeur à tous les actifs : seules certaines normes l'imposent ou l'autorisent.
- Négliger la hiérarchie : il faut toujours commencer par le niveau 1 avant d'utiliser les niveaux 2 ou 3.
- Ne pas actualiser les flux futurs pour le niveau 3 : l'actualisation est obligatoire pour refléter la valeur temps de l'argent.
- Utiliser un plan comptable français (numéros de comptes) en IFRS : le référentiel IFRS ne prévoit pas de plan comptable, les écritures sont présentées avec des intitulés génériques.
FAQ
Qu'est-ce que la juste valeur en IFRS ?
C'est le prix qui serait reçu pour la vente d'un actif ou payé pour le transfert d'un passif lors d'une transaction normale entre des participants de marché à la date d'évaluation (IFRS 13). Il s'agit d'un prix de sortie, non ajusté des coûts de transaction.
Quels sont les trois niveaux de juste valeur ?
Niveau 1 : prix cotés sur des marchés actifs pour des actifs/passifs identiques. Niveau 2 : données observables autres que les prix cotés (comparables, taux). Niveau 3 : données non observables (actualisation des flux).
Quelles normes imposent la juste valeur ?
IFRS 9 (instruments financiers), IAS 41 (actifs biologiques), IFRS 3 (regroupements d'entreprises), IFRS 2 (paiements en actions). IAS 40 (immeubles de placement) et IAS 16/IAS 38 (modèle de réévaluation) l'autorisent en option.
Quels sont les avantages de la juste valeur par rapport au coût historique ?
Elle fournit une information plus actuelle et pertinente, améliore la comparabilité entre entreprises, et reflète les conditions de marché. En revanche, elle introduit de la volatilité et repose sur des estimations subjectives.
Entraînez-vous
Cas 1 : La société Alpha possède un terrain (actif non courant) acquis pour 500 000 €. À la clôture, le marché est actif : des terrains similaires se vendent 550 000 €. Par ailleurs, elle détient des obligations non cotées d'une entreprise, dont la juste valeur est estimée par actualisation des flux à 120 000 € (taux de marché 4 %, flux annuels de 6 000 € sur 5 ans). Quel niveau de juste valeur pour chaque actif ?
Afficher le corrigé
- Terrain : niveau 2 (données observables de comparables sur un marché actif). Juste valeur = 550 000 €.
- Obligations non cotées : niveau 3 (données non observables, actualisation des flux). Juste valeur = 120 000 €.
Cas 2 : La société Bêta a acquis un brevet pour 200 000 €. Il n'existe pas de marché actif. Les flux de trésorerie attendus sont de 30 000 € par an pendant 10 ans. Le taux d'actualisation retenu est de 8 %. Calculez la juste valeur de niveau 3 et indiquez si le brevet peut être réévalué selon IAS 38.
Afficher le corrigé
Juste valeur = 30 000 × [1 - (1,08)^-10] / 0,08 = 30 000 × 6,7101 = 201 303 €. Selon IAS 38, le modèle de réévaluation n'est autorisé que si un marché actif existe pour le brevet. Ce n'est pas le cas ici, donc le brevet reste au coût historique. La juste valeur calculée sert uniquement pour les tests de dépréciation (IAS 36).