Les facteurs de production : travail, capital et ressources naturelles
Pourquoi certaines économies croissent-elles à 6 % par an quand d'autres stagnent sous 1 % ? La première clé de lecture, incontournable à l'épreuve d'économie contemporaine de l'UE 5 du DCG, tient aux facteurs de production : le travail et le capital, complétés par les ressources naturelles. Comprendre comment ces facteurs contribuent à la croissance, et pourquoi leur seule accumulation ne suffit pas, est le socle de toute dissertation sur la croissance de long terme.
Croissance, expansion : de quoi parle-t-on ?
La croissance économique désigne l'augmentation soutenue et durable du volume de la production nationale, mesurée par le PIB réel, sur le moyen et le long terme. Elle s'accompagne de changements dans les structures productives et dans le niveau de vie. Il faut la distinguer de l'expansion, qui désigne une hausse de la production à court terme, à combinaison de facteurs inchangée. À court terme, c'est la demande (consommation, investissement, exportations) qui tire l'activité ; à long terme, ce sont les facteurs d'offre qui déterminent le sentier de croissance.
Une seconde distinction structure l'analyse : la croissance est dite extensive lorsqu'elle résulte principalement d'un accroissement des volumes de facteurs (plus de travailleurs, plus de machines), et intensive lorsqu'elle provient d'une utilisation plus efficiente de ces facteurs, c'est-à-dire de gains de productivité. Les pays avancés tendent vers une croissance intensive ; les économies en rattrapage passent souvent par une phase extensive.
Le facteur travail : quantité et qualité
Le facteur travail désigne l'ensemble des ressources humaines mobilisées dans la production. Il se mesure d'abord quantitativement : taille de la population active (influencée par la démographie, les migrations et le taux de participation), durée du travail, taux d'emploi. Mais sa dimension qualitative est tout aussi décisive : niveau de qualification, formation, expérience, état de santé. Cette qualité du travail est désignée par la notion de capital humain : un stock de compétences et de savoirs accumulés par l'éducation et la formation, qui est le résultat d'un investissement dont on attend un rendement futur.
L'expérience française illustre l'importance de cette distinction : entre 1951 et 1969, la contribution quantitative du travail à la croissance est quasi nulle, voire légèrement négative (-0,1 point), en raison de la réduction de la durée du travail et de la tertiarisation. La forte croissance des Trente Glorieuses s'explique donc essentiellement par la qualité du travail et par le progrès technique, pas par le nombre d'heures travaillées.
Le facteur capital : l'accumulation par l'investissement
Le facteur capital, ou capital physique, est le stock d'équipements, de machines, de bâtiments et d'infrastructures utilisés dans la production. Il s'accumule grâce à l'investissement (la FBCF, formation brute de capital fixe), déduction faite de la dépréciation du capital existant.
L'accumulation du capital par tête, c'est-à-dire la quantité de capital disponible pour chaque travailleur, améliore la productivité du travail : un ouvrier équipé d'une machine performante produit davantage qu'un ouvrier manuel. Mais l'analyse économique met en évidence une propriété fondamentale : la productivité marginale du capital est décroissante. Chaque machine supplémentaire apporte un gain de production de plus en plus faible. Comme l'a montré Robert Solow, cette propriété condamne une croissance fondée sur la seule accumulation de capital à s'essouffler à long terme.
Les ressources naturelles : un facteur ambivalent
Les ressources naturelles (terres agricoles, minerais, énergie fossile, eau) constituent le troisième facteur classique. Leur rôle est ambivalent : elles peuvent stimuler la croissance, comme la rente pétrolière des pays exportateurs, mais aussi la contraindre, par l'épuisement des ressources et les contraintes environnementales. Leur disponibilité ne garantit en rien la prospérité : tout dépend de la capacité de l'économie à les valoriser et à en gérer les limites, question prolongée par les débats sur le développement durable.
Au-delà des volumes : l'apparition d'un résidu
L'observation empirique livre un résultat troublant : l'accumulation du travail et du capital n'explique qu'une partie de la croissance des pays avancés. La part restante, mesurée par la productivité globale des facteurs (PGF), traduit l'efficacité avec laquelle les facteurs sont combinés ; elle est généralement assimilée au progrès technique et représente souvent plus de 50 % de la croissance dans les pays développés. En ordre de grandeur, la contribution du travail oscille entre 0 et 1 point selon les périodes, celle du capital entre 1 et 1,5 point, le reste relevant de la PGF.
Exemple chiffré : décomposer la croissance de deux pays
Prenons le cas du pays Alpha, économie en phase de rattrapage : sa croissance annuelle de 6 % se décompose en 1,5 point de contribution du travail, 3,5 points de contribution du capital et 1 point de PGF. L'accumulation de facteurs explique 5 points sur 6, soit 83 % : la croissance est typiquement extensive.
Comparons avec le pays Bêta, économie avancée : croissance de 2,5 % par an, dont 0,2 point pour le travail, 0,8 point pour le capital et 1,5 point de PGF. Ici, 60 % de la croissance provient des gains d'efficience : la croissance est intensive. Cette grille de lecture éclaire le débat sur le « miracle asiatique » : Paul Krugman a montré que la croissance des Quatre Dragons (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong) reposait davantage sur l'accumulation massive de facteurs que sur l'innovation, ce qui exposait ce modèle à un ralentissement à mesure que les rendements marginaux diminuent.
Les erreurs fréquentes
- Confondre croissance (phénomène de long terme avec transformations structurelles) et expansion (hausse de courte période de la production).
- Confondre croissance extensive (plus de facteurs) et croissance intensive (facteurs mieux utilisés, gains de productivité).
- Réduire le facteur travail à sa seule dimension quantitative en oubliant le capital humain.
- Ignorer la productivité marginale décroissante du capital, qui limite la croissance fondée sur le seul investissement.
- Croire que la dotation en ressources naturelles garantit la croissance : elle peut la stimuler comme la contraindre.
- Oublier que l'essentiel de la croissance des pays avancés s'explique par la PGF, et non par l'accumulation des facteurs.
FAQ
Quelle est la différence entre croissance extensive et croissance intensive ?
La croissance extensive résulte de l'augmentation des volumes de facteurs mobilisés : plus de travailleurs, plus de machines. La croissance intensive provient d'une utilisation plus efficiente des facteurs existants, c'est-à-dire de gains de productivité. Les pays avancés reposent surtout sur la croissance intensive.
Qu'est-ce que le capital humain ?
C'est le stock de compétences, de savoirs et d'aptitudes accumulés par les individus grâce à l'éducation, à la formation professionnelle et à la santé. Notion associée à Gary Becker, elle constitue la dimension qualitative du facteur travail et un moteur essentiel de la croissance de long terme.
Pourquoi la productivité marginale du capital est-elle décroissante ?
Parce que chaque unité de capital supplémentaire, à quantité de travail donnée, apporte un gain de production de plus en plus faible : la dixième machine ajoute moins que la première. Cette propriété, au coeur du modèle de Solow, explique qu'une économie ne peut pas croître indéfiniment par la seule accumulation de capital.
Entraînez-vous
Le pays Gamma, économie avancée, présente les données suivantes : croissance annuelle de 0,8 %, contribution du travail de -0,1 point, contribution du capital de 0,5 point, contribution de la PGF de 0,4 point. Caractérisez le type de croissance du pays Gamma et proposez deux explications théoriques de cette faible performance, en mobilisant les auteurs du programme.
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Caractérisation. La croissance du pays Gamma est très faible (0,8 % par an). La contribution du travail est négative (-0,1 point), signe d'une population active ou d'un volume d'heures en repli. Le capital apporte 0,5 point et la PGF 0,4 point, soit la moitié de la croissance totale : l'accumulation de capital reste le principal soutien, mais les gains d'efficience sont insuffisants pour dynamiser l'ensemble. On est en présence d'une économie avancée en panne, dont la croissance demeure partiellement extensive.
Première explication, dans le cadre du modèle de Solow : la productivité marginale du capital étant décroissante, le pays Gamma se rapproche de son état stationnaire. L'investissement continue d'accroître le stock de capital (contribution positive de 0,5 point), mais chaque unité supplémentaire rapporte de moins en moins. Sans un progrès technique suffisant (PGF limitée à 0,4 point), la croissance ralentit inexorablement.
Seconde explication, issue des théories de la croissance endogène (Romer, Lucas, Barro) : le pays sous-investit dans les moteurs de la croissance de long terme que sont la R&D, le capital humain et les infrastructures. Les externalités positives qui entretiennent la croissance font défaut, et le capital accumulé s'investit dans des capacités peu innovantes. Ce diagnostic plaide pour des politiques structurelles : financement de la recherche, éducation, infrastructures publiques.